J’ai rencontré Pascal et Dimitri en 2013, concernant leur projet d’aquaculture. Nos échanges durant 10 années m’ont permis de tirer plusieurs enseignements.
Le premier : en dépit d’une réelle volonté de promouvoir la croissance bleue, la mer demeure un espace d’une trop grande complexité normative.
– Régime juridique du domaine public maritime : incessible, inaliénable, imprescriptible.
– Complexité des règles administratives visant à obtenir une Autorisation d’Occupation Temporaire (AOT).
– Nombreux intervenants : 50 pas géométriques, Office français de la biodiversité, conservatoire du littoral, Parc national,Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL), collectivités ; des institutions qui ne partagent pas toujours la même vision du développement. Ce faisant, les porteurs des projets se retrouvent (en fonction de l’interlocuteur) face à une interprétation rigide ou souple des textes.
Cette situation génère un climat de tensions, des incompréhensions liées au fait que certaines décisions apparaissent comme arbitraires. Exemples : les récents conflits concerntant le Kabana Beach, restaurant-bar à Port-Louis, et le Karacoli, beach club à Deshaies.
Le second enseignement de ce projet est l’inadaptation des outils financiers disponibles et l’absence de réel soutien des banques.
A l’exception des aides régionales traditionnelles, les autres dispositifs financiers à disposition sont encore perfectibles et peuvent être mieux ciblés en direction des très petites entreprises. En dépit des efforts, l’accès au Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture (FEAMP) demeure encore trop complexe pour les structures naissantes, en manque de trésorerie. Les banques et les autres mécanismes de financement ne sont pas suffisamment réactifs et adaptés aux lanceurs de projets innovants.
De ce fait, il serait intéressant que les acteurs de l’économie bleue puissent faire appel à un fonds d’investissements dédiés, afin de disposer des moyens nécessaires pour l’amorçage de leurs projets. Ce fonds regrouperait des entreprises, des banques, la Chambre de commerce et d’industrie et les collectivités locales. Chaque année, des projets clés seraient ainsi sélectionnés et financés.
Sports nautiques, découvertes des îles, aquaculture, ressources sous-marines, micro-algues, énergies produites par le milieu marin…. Le littoral offre un large potentiel de développement. Afin de faciliter la concrétisation des nombreux projets, je préconise d’étudier l’éventualité d’une loi d’habilitation dans ce domaine de compétences.
Simplification, différenciation et lois d’habilitation permettront que l’espace littoral puisse être « valorisé » dans le respect de l’environnement et de la biodiversité.
La modernité apportée par la croissance bleue passe par l’accompagnement des entreprises innovantes avec agilité et stratégie.
