AccueilBillet d'humeurChristian Lara, de battre son cœur s'est arrêté….

Christian Lara, de battre son cœur s’est arrêté….

Ma première « rencontre » avec Christian Lara date de 1980, dans une obscure salle parisienne, près du métro Barbès, ce quartier légendaire des Antillais et Africains.

Mamito ! Ce fut un choc, car à cette période on ne voyait pas d’acteurs noirs à la télévision ou au cinéma. Greg Germain crevait l’écran !

Le cinéma est un moyen d’émancipation de notre peuple guadeloupéen.

Puis, il y eut les trois films sur l’épopée Delgrès et plus généralement la période du rétablissement de l’esclavage, à savoir « Vivre libre ou mourir », « Sucre amer » et « 1802 ». Une trilogie qui marquera les premiers pas du cinéma antillais. Lara devint alors le père du cinéma antillais.

Ma deuxième rencontre, réelle celle-là, aura lieu (quoi de plus original) dans une autre salle obscure (Cinestar) pour une projection privée des « rushs » de YAFA, le Pardon, qui n’était pas encore tout à fait un film. Une belle rencontre qui se fera par le truchement de son acteur fétiche Luc Saint-Eloy. Ils avaient proposé une session d’une heure, qui a duré plus de trois heures ! Nous étions captivés par la passion et les explications du metteur en scène, attaché à partager l’essence et la richesse de son œuvre.

Ce jour-là allait ouvrir la page d’une longue et fructueuse collaboration, de nouveaux projets, des rééditions. Il fut, je crois, le point de naissance d’un festival de cinéma initié par Christelle Galou (Black History Month), dont il fut l’invité pour la première édition.

J’avoue avoir saisi (tardivement) que Christian Lara n’était pas qu’un simple réalisateur, quelque peu original, mais un grand cinéaste, un grand Guadeloupéen et surtout un grand homme viscéralement attaché à sa terre et à l’Afrique. Il se réjouissait des liens forts qu’il avait tissés avec les acteurs du cinéma africain (Gustave Sorgo, Sidiki Bakaba). Le Burkina Faso le lui rendra bien et lui décernera un Sotigui d’honneur en 2022 pour l’ensemble de sa carrière.

A son contact, mon regard a changé sur son œuvre et je voyais désormais davantage l’homme qu’il était. Bien plus profond et complexe qu’au premier abord. Bien plus sensible que laissait transparaître la carapace rugueuse qu’il arborait. Son oeuvre est d’une justesse implacable, sur la réalité antillaise, les légendes, les contes, le rapport avec le pouvoir central, le système économique dominant, le système électoral, le clientélisme… Son projet de traiter « l’indépendance de la Guadeloupe » sous l’angle de la fiction ne verra pas le jour. Cependant, la nouvelle vague pourra toujours relever le défi.

Mon ultime  rencontre à Sainte-Rose a eu lieu sur le tournage de la dernière scène de « L’homme au bâton ».

Je sais que ses héritiers (nombreux et talentueux) poursuivront sa mission : créer des passerelles entre le continent mère et la Guadeloupe.

Transmission

Christian Lara a aussi multiplié les actions envers la jeunesse, particulièrement durant ses dernières années (présence dans les écoles, projections gratuites, ciné-club…).

Enfin, pendant des décennies où il n’y avait quasiment pas de cinéastes guadeloupéens, il n’a pas hésité à donner leur première chance à des techniciens et des acteurs amateurs, qui ont pour certains fait carrière. Christian Lara leur a mis le pied à l’étrier. Il était donc bien plus dans la transmission qu’il ne voulait le dire publiquement.

….

Si son cœur s’est arrêté, ses films, son œuvre et son projet de recréer les liens entre l’Afrique et la Guadeloupe à travers la culture et le cinéma s’inscrivent dans notre contemporanéité.

La « nouvelle vague » aura la lourde mission de prendre à bras le corps et d’élever l’ouvrage amorcé. La voie qu’il a tracée a fait entendre nos voix. Pour honorer Christian Lara, continuons à porter et clamer nos récits.

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3 Commentaires

  1. Respect pour ce grand guadeloupéen et pour son œuvre cinématographique en souhaitant que la transmission perdure dans le temps.. à mon humble avis les jeunes ont de quoi et de qui relever les défis qu’il a déjà initiés pour une Guadeloupe prête à assurer et assumer son développement dans l’Histoire…

  2. Ta rencontre l’OR de Mo(nu)ment.s avec Monsieur Christian LARA est une invitation pour les personnes : en particulier, les guadeloupéens ; qui ne le connaissent pas, de le découvrir : dans un premier temps par ton article.

  3. Très bel article qui met en lumière l’action de l homme Christian Lara en autre sur le 7 eme art… Et son investissement pour cette filière notamment sur le film de Delgres finance a l époque par la Région Guadeloupe…. Bravo a Teddy Bernadotte qui par cette action honore son oeuvre et montre la dimension de lHomme….et permettra de me le connaître

Répondre à ltavernier971Annuler la réponse.

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