AccueilBillet d'humeurGuadeloupe : quand l’arme cache la forêt !

Guadeloupe : quand l’arme cache la forêt !

Dénoncer ce qui ne fonctionne pas ne suffit pas à construire une société. Il faut aussi savoir inspirer et donner envie de croire en ce qui est possible.

Le meurtre d’un jeune homme au Gosier le 19 juillet porte à 23 le nombre d’homicides recensés cette année en Guadeloupe. Face à cette succession de meurtres, de braquages et d’actes de violence, l’émotion est immense, et nos pensées vont d’abord aux familles des victimes.

Nous gardons encore en mémoire la disparition tragique de deux jeunes femmes à Capesterre-Belle-Eau lors d’une fusillade survenue le 30 juin.

Chaque nouvel homicide nous bouleverse et doit être dénoncé avec la plus grande fermeté. La minimiser serait une erreur grave.

Cependant, une autre erreur consisterait à laisser cette violence raconter, à elle seule, l’histoire de la Guadeloupe. A force de ne regarder que les drames, nous finissons par oublier tout ce qui résiste, tout ce qui innove, tout ce qui construit. L’arme ne doit pas cacher la forêt.

En effet, la Guadeloupe, ce sont aussi des jeunes qui entreprennent, des chercheurs qui innovent, des agriculteurs qui développent de nouvelles filières, des artistes qui rayonnent bien au-delà de nos frontières, des enseignants qui transmettent, des chefs d’entreprise qui créent de l’emploi, des passionnés qui protègent nos récifs coralliens, des citoyens qui font vivre la solidarité.

Cette semaine encore, un jeune de 18 ans – Loane Gossec – a remporté le Tour de Marie-Galante. D’autres se sont illustrés aux Championnats de France de kayak ou aux Championnats du monde de Taekwondo. Une jeune Guadeloupéenne, Préscilla Lambert, a été approchée par l’Université d’Oxford afin de poursuivre ses travaux de recherche sur le suivi du fœtus grâce à l’intelligence artificielle.

Oui, cette Guadeloupe existe. Elle est dynamique, créative et profondément vivante. Elle fait simplement moins de bruit que les drames.

Notre territoire n’est d’ailleurs pas isolé des bouleversements qui traversent le monde : circulation des armes, narcotrafic, fractures sociales, réseaux criminels, perte de repères…

Notre responsabilité collective est donc double. D’abord, continuer à lutter sans relâche contre la violence, renforcer la prévention, soutenir les familles, améliorer l’efficacité de l’action publique et combattre les trafics. Ensuite, investir dans ce qui fait grandir : l’éducation, la culture, le sport, l’innovation, l’entrepreneuriat, la recherche et l’engagement citoyen.

Kwè san las’… Non par naïveté, mais parce que cette formidable énergie existe bel et bien. Je la vois créer, entreprendre, réussir et refuser les chemins de la résignation. Elle n’a pas seulement besoin qu’on lui rappelle les difficultés du pays. Elle a besoin qu’on lui ouvre des perspectives et qu’on lui montre que l’avenir est possible.

Entre le déni et le fatalisme, choisissons la lucidité et l’espérance, car un peuple qui ne raconte plus que ses faiblesses finit par oublier ses forces.

La violence fait du bruit. L’engagement, le travail, le talent et la solidarité construisent un pays dans le silence. Il nous revient  de faire en sorte que cette Guadeloupe là soit, enfin, aussi visible que celle des faits divers.

Notre avenir ne dépendra pas seulement de notre capacité à combattre ce qui nous détruit, mais aussi de notre volonté de révéler, de soutenir et de faire grandir tout ce qui nous élève.

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