Le colloque Management, Entrepreneuriat et Innovation en Contexte Insulaire ou Isolé (MEICII) 2025 a suscité un débat essentiel autour des défis spécifiques auxquels font face les territoires insulaires et isolés. Comment les stratégies d’innovation, de management et d’entrepreneuriat peuvent-elles véritablement améliorer la performance des organisations dans ces contextes ? Cette rencontre a permis d’explorer différents solutions innovantes et modèles de gestion résilients, ouvrant ainsi la voie à une réflexion collective.
Valoriser nos talents locaux
L’Université des Antilles (UA) s’affirme comme un acteur clé dans la recherche antillaise. Au cours des dernières années, elle a enregistré une augmentation significative des soutenances de thèses, prouvant sa montée en puissance. Son intégration dans le prestigieux classement de Shanghai parmi les 500 meilleures institutions mondiales dans le domaine de l’écologie témoigne d’un engagement fort dans cette spécialité. Ce succès est le fruit du travail assidu des enseignants-chercheurs, qui rapprochent désormais leurs travaux des préoccupations et réalités locales, comme la lutte contre le chlordécone, l’érosion de la mangrove ou les enjeux de la médecine intégrative…
Une recherche connectée aux réalités locales
Des chercheurs comme le professeur Sarra Gaspard, co-directeur du laboratoire Covachim-M2E, illustrent bien cette connexion. Leur travail sur la valorisation des sargasses et la dépollution est fondamental pour l’avenir environnemental de la Guadeloupe. Le professeur Olivier Gros, quant à lui, a fait sensation avec la découverte de Thiomargarita magnifica, la plus grande bactérie au monde, qui remet en question nos perceptions des organismes unicellulaires.
L’enjeu des Partenariats Publics-Privés
Inspirée par les modèles anglo-saxons, notamment ceux du MIT [1] et de Harvard, la culture des partenariats publics-privés doit être développée dans les institutions françaises. Le laboratoire Phytobokaz, en s’associant à des projets académiques tels que la thèse de Laura Accipe [2], illustre le potentiel de synergie entre le monde académique et le secteur économique. Cela ouvre des perspectives prometteuses pour encourager un dialogue constructif entre ces deux sphères.
Construire une passerelle entre les différents univers
Pour renforcer les liens entre la recherche, le monde économique et les institutions publiques, il est crucial de construire une passerelle qui permettent une rencontre authentique de ces mondes. Cela peut se faire en :
- Optimisant le financement des bourses doctorales pour garantir un accompagnement adéquat aux doctorants ;
- Facilitant le parcours des jeunes chercheurs afin de le rendre plus fluide tout au long de leur formation et de leur établissement professionnel ;
- Valorisant les compétences acquises par ces docteurs pour les intégrer efficacement dans le paysage économique local.
Certaines initiatives, telles que le programme Beposdom [3] du professeur Ted Soubdhan sur les matériaux innovants, ainsi que Tsunahoule [4], celui du professeur Narcisse Zahibo, pour la prévention des catastrophes naturelles, montrent déjà l’impact positif de cette approche collaborative. Les projets portés par Thomas Plocoste du laboratoire KaruSphère, qui se concentre sur l’analyse géoscientifique en lien avec le changement climatique, renforcent cette dynamique.
D’autres formations, comme le module « Entreprendre à l’université » de Katie Lanneau ou le master sur le développement touristique durable de Joël Raboteur, apportent des réponses concrètes aux défis sociétaux en encourageant la recherche appliquée et les interactions avec le monde économique.
Répondre aux défis sociétaux et environnementaux
Les défis de la transition énergétique, climatique et écologique sont des préoccupations qui transcendent les frontières entre recherche et société. Le projet « Bik A syans » de l’Université des Antilles, axé sur le dialogue entre la science et le grand public, illustre cette volonté de rendre la recherche accessible à tous.
De plus, le dispositif « Recrutez un jeune docteur », lancé par la collectivité régionale, vise à renforcer les liens entre les universités, les collectivités publiques et les entreprises pour faciliter l’insertion professionnelle des diplômés.
Préparer l’avenir avec Audacia Technopole Caraïbes
C’est dans ce contexte qu’émerge le projet Audacia Technopole Caraïbes, représentant une initiative structurante pour accompagner les nouveaux acteurs économiques, promouvoir l’innovation et soutenir l’internationalisation de l’économie locale. Ce projet ambitionne de rassembler recherche, pépinières d’entreprises et acteurs économiques autour de filières émergentes, créant ainsi un écosystème dynamique propice à l’émergence d’idées novatrices.
Une collaboration indispensable
La création de clusters et d’écosystèmes comme Audacia Technopole Caraïbes n’est pas seulement un défi économique. Elle est cruciale pour construire un avenir meilleur. En favorisant la collaboration entre le monde économique, la recherche et les institutions publiques, nous pouvons répondre efficacement aux enjeux actuels et offrir de nouvelles opportunités à notre territoire.
En somme, c’est par cette « fertilisation croisée » que nous pouvons espérer dynamiser notre économie, innover et répondre aux défis de demain. En unissant nos forces, nous édifions un avenir prometteur pour la Guadeloupe.
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Teddy Bernadotte
Directeur territorial, Région Guadeloupe
Chargé d’enseignement, Université des Antilles
[1] – Massachusetts Institute of Technology (MIT), en français Institut de technologie du Massachusetts, est un institut de recherche américain et une université, spécialisé dans les domaines de la science et de la technologie. Etablissement privé situé à Cambridge, dans l’État du Massachusetts, à proximité immédiate de Boston, au Nord-Est des États-Unis, le MIT est considéré comme une des meilleures universités du monde.
[2] – Etude de l’effet de Calophyllum calaba L. (galba) sur la cicatrisation des plaies du pied diabétique.
[3] – Bâtiment à Energie Positive dans les DOM, du professeur Ted Soubdhan sur la valorisation des matériaux innovants : ce plateau technique est un outil de développement et de dissémination de la connaissance et de l’expertise, permettant de créer une rupture technologique des pratiques constructives en climat tropical humide.
[4] – Sur la prévention de la submersion et du tsunami : un programme qui a permis aux scientifiques de modéliser les cyclones et les phénomènes de vagues pour voir ce qui se passerait dans les communes littorales de la Guadeloupe.

