La crise que traverse actuellement la municipalité du Gosier ne saurait être réduite à un simple dysfonctionnement local. Elle est le symptôme d’un malaise (bien) plus profond qui affecte notre gouvernance territoriale et interpelle, bien au-delà de cette ville phare, l’ensemble des acteurs publics. Ce qui se joue ici, c’est la capacité de nos collectivités locales à fonctionner sereinement, dans le respect de l’éthique publique et au service de l’intérêt général.

Mon expérience au sein de la fonction publique territoriale, ainsi que mon précédent rôle d’attaché parlementaire et de collaborateur d’élus, m’ont permis de comprendre que la réussite d’une collectivité repose (en partie) sur un triptyque : exécutif, directeur de cabinet et directeur général des services, unis au service de la population. Elle permet également de mesurer combien le lien entre la décision politique et l’expertise administrative est crucial, un lien qui, hélas, peut dans certains cas être mis à mal.
Nous traversons une période où la défiance entre les citoyens et leurs représentants est croissante. Chaque crise, chaque perte de repère institutionnel, fragilise encore davantage notre contrat social. Or, sans confiance, il devient impossible de mobiliser autour d’un projet fédérateur, d’accompagner les transitions ou d’assurer la stabilité nécessaire à une action publique efficace.
Ce climat révèle aussi une autre fragilité : celle de la fonction publique territoriale. Trop souvent réduits à de simples exécutants, les cadres territoriaux – pourtant garants de la continuité, de la qualité et de la légalité de l’action publique – voient leur rôle stratégique se déprécier. Pourtant, leur mission ne se limite pas à l’application de décisions : ils sont là pour alerter, conseiller, anticiper. Ce sont eux qui, au quotidien, assurent l’équilibre entre légitimité démocratique et bonne administration. En somme, être de véritables outils d’aide à la décision.
Mais la réalité est parfois toute autre. Manque de moyens, culture de l’urgence ou absence de reconnaissance affaiblissent leur capacité d’intervention. Et lorsque la technicité est marginalisée, c’est l’intérêt général qui recule.
Le cas de la ville du Gosier (qu’il ne s’agit pas de stigmatiser) doit nous inviter à repenser nos pratiques, et surtout à réaffirmer les fondations d’une gouvernance locale saine : autonomie des cadres, respect mutuel entre élus et administration, renforcement de la culture de l’éthique et du dialogue. Il ne s’agit pas d’opposer les rôles, mais de constituer une organisation interne performante.
- Outils de pilotage partagés
- Formation des élus, des collaborateurs de cabinet
- Méthodes de dialogue
- Nomination de déontologues.
À défaut, ce sont les services de l’Etat qui redeviennent les seuls garants du droit, de la protection des citoyens et de la démocratie. Cette centralisation galopante, bien que compréhensible, constitue un échec collectif, un recul de la décentralisation et de la libre administration des collectivités territoriales. Cela, au moment même où une certaine volonté d’assouplir les normes en vigueur, d’exercer pleinement les compétences législatives et d’instaurer un dialogue rénové avec le pouvoir central semble vouloir émerger.
Ce n’est pas en accusant ou en désignant des coupables que nous progresserons. C’est en réaffirmant, dans chaque collectivité, l’importance de la confiance, du respect des rôles, et de la collaboration fructueuse entre les élus locaux et les cadres territoriaux.
Une occasion précieuse de provoquer un véritable sursaut
L’ensemble de la classe politique locale doit se sentir concerné. Une telle crise fragilise notre tissu social, accentue les clivages et compromet notre capacité collective à construire sereinement l’avenir.
Les représentants du peuple détiennent l’onction suprême, la légitimité que confère l’élection, et restent (in fine) les seuls responsables devant les citoyens-électeurs. C’est à ce titre qu’ils « détiennent » la vision, l’orientation et la prise de décisions. L’administration générale se charge de la mise en œuvre stratégique et opérationnelle de ce programme (proposition d’actions en veillant à la sécurisation juridique et à la soutenabilité budgétaire).
Chaque partie doit trouver sa place tout en respectant le périmètre de l’autre. L’une des conditions de réussite du changement est donc la prise en compte des moyens mis à la disposition des agents de la fonction publique territoriale.
Il est primordial pour les deux parties de retrouver un équilibre subtil afin de préserver la démocratie locale. A l’administration sa juste place et à la politique sa vocation première : œuvrer pour le bien commun.
